58 ANS ET TOUTES SES DENTS !

A 58 ans, Alvaro LOTTI est sans doute le joueur de rugby le plus vieux de France. Mieux: il occupe le poste de pilier. "Gauche, précise-t-il. J'ai toujours eu ce poste depuis mon premier match, en 1966, avec les Crabos de Saint-Girons.

Et, tenez-vous bien, il joue deux fois par semaine: le dimanche en championnat des Pyrénées 1ère série, avec l'équipe de la Barthe-sur-Lèze, et le jeudi avec la Mairie de Toulouse, en championnat corporatif ! Rien ne le destinait pourtant au rugby, ni à cette carrière inouïe : son père porta le maillot de l'Inter de Milan avant de venir travailler en France et lui même était très attiré par l'athlétisme (100m et 4X100 mètres). Mais un dirigeant de Saint-Girons, un jour, l'invita à toucher un ballon ovale : "Dès le premier entraînement, je me suis trouvé pilier, et, le dimanche suivant, je débutais aux Ponts-Jumeaux contre le Stade Toulousain! Il faut l'avouer, ça m'a fait drôle..." Ensuite Alvaro LOTTI porta les maillots de l'Avenir Saint-Cyprien à Toulouse, du TOEC en 2e division et de Blagnac en groupe B. Pour finir dans des clubs de série régionale... Aussi solide (1m75. 85 kilos) qu'optimiste, Alvaro LOTTI est encore plus roc que le regretté Alfred ROQUES, auquel il ressmeble avec son crâne dégarni: "En 41 ans de carrière, je n'ai jamais connu le moindre pépin, jamais manqué un match. Mon secret ? Ne jamais penser à la blessure. Sinon, on est fichu..." Pourtant, Alvaro LOTTI pourrait la redouter : dès l'âge de 20 ans, il a crée son entreprise de charpentier/maçon. "Le lundi, j'avoue être souvent mâché au moment de monter sur un toit. Mais le mardi, je vais à l'entraînement et, subitement, ça va mieux. En fait, plus je m'entraîne, plus je joue, plus on me rentre dans le lard, ou l'inverse, et mieux je me sens. Le tout c'est de ne jamais s'arrêter... "(sic). Pourtant, il lui faudra bien raccrocher les crampons un jour, non? "Un copain m'a suggéré d'aller jusqu'à 60 ans : ça ferait un joli chiffre rond..." Peut-être le père et le grand-père du rugby français (deux garçons qui ont porté le maillot de Blagnac et quatre petits-enfants) touchera-t-il un bouclier de champion d'ici la retraite? "Je n'ai qu'un seul titre : en corpo avec la Mairie de Toulouse, en rugby à XIII. En revanche, j'en ai joué des finales mais souvent pour rien. Je m'en fiche. Je préfère me souvenir des bons moments : l'an dernier en finale du Challenge Alcatel, j'ai marqué l'essai que j'avais promis à ma compagne".

 

J-P R